Les auteurs en résidence

Nos auteurs en résidence se côtoient, ils se croisent à nos soirs de premières, ils s’invitent aux lectures laboratoires de leurs pièces, échangent des courriels, commentent le travail des autres… s’admirent entre eux ou s’envient secrètement ( ça, ils ne nous le diront pas ! ). Dans tous les cas, ils constituent une formidable équipe dont nous sommes très fers.

Nous les avons invités à se présenter à vous… entre eux !
Cliquez sur les noms pour faire leur connaissance…

François Archambault

Présenté par Jean-Philippe Lehoux

François Archambault, c’est le frère de l’autre. Mais, curieusement, ses frères sont eux aussi le frère de l’autre : c’est le problème avec les familles talentueuses. Et François, c’est aussi un grand frère. De ceux qui ont une réserve infnie de bienveillance au cœur. Ses doigts de svelte bambou ( je l’imagine comme tel – sage et résistant au vent des modes ) ont beau écrire des dialogues féroces et des pièces magnifques à l’extrême lucidité – où la violence des rapports humains n’est jamais édulcorée – on ne retrouve au fond de sa main que chaleur sincère et amitié spontanée. François Archambault, c’est ce génial auteur d’une génération perdue qui a choisi, malgré son intelligence et sa stature qui firtent avec les plus hautes altitudes, de ne jamais te regarder de haut.

Simon Boudreault

Présenté par  François Archambault

Je me souviens du plaisir ressenti quand j’ai vu son As is au Théâtre d’Aujourd’hui. Avant même que la pièce débute, j’étais fasciné par l’amoncellement d’objets qui trônait sur la scène. Des milliers d’objets de la vie courante, condamnés par leur désuétude, des objets démodés comme on en trouve dans les magasins Renaissance, s’accumulaient et faisaient offce de décor. Après la pièce, j’ai eu le privilège de circuler au cœur de cette montagne d’objets disparates. C’était génial d’y découvrir toutes les patentes à gosse que Simon et son équipe avaient dénichées et ingénieusement assemblées pour former cette magnifque sculpture baroque. Improvisateur, comédien, metteur en scène, auteur, marionnettiste, Simon me fait penser à cette montagne regorgeant de surprises. En fait, je croyais commencer à connaître l’univers de Simon après avoir vu quelques-unes de ses pièces… Mais quand j’ai su que sa prochaine pièce s’intitule  Comment je suis devenu musulman, j’ai tout de suite compris qu’il n’avait pas fini de me surprendre !

Carnet de création - Simon Boudreault

Quand Denis Bernard m’a invité à rejoindre les auteurs en résidence de la même façon qu’on invite quelqu’un à souper, je me suis senti comme un célibataire à la Saint-Valentin qui se fait proposer une sortie la veille du jour fatidique.
Heureux, comblé, reconnaissant et un peu stressé.
Je suis sorti de ma bulle solitaire de ma tête pour raconter ce qu’il y avait dedans.
Denis m’a posé une simple question : « Qu’est ce que tu as envie d’écrire ces temps-ci? ».
À ce moment-là, j’étais par habité par un évènement marquant : celui de mon mariage « forcé » à l’automne 2013.
Après 3 ans de vie commune avec ma copine d’origine marocaine, on voulait un bébé.
Elle est tombée enceinte. Oh joie!
À l’annonce de la venue d’un enfant, ses parents – marocains musulmans immigrés au Québec en 1989 – ont finalement été obligé de croire que notre relation allait durer.
C’était pas une bonne nouvelle pour eux.
Ils ont paniqué.
Il fallait qu’on se marie.
Musulman en plus!
Voilà la prémisse de « Comment je suis devenu musulman ».
Mais cette pièce n’est pas une autobiographie.
C’est une comédie. Je crois que ma vie est moins drôle.
Une comédie parce que j’ai besoin de rire. Ça me soulage.
Donc, pour cette comédie je suis parti des questionnements suscités par ce mariage obligé.
Des questionnements qui revolent sur notre société.
Le Québec.
De quelle religion suis-je? Si c’est aucune, en quoi je crois? Et ce en quoi je crois je le partage avec qui? Quels sont mes rituels? Comment je souligne les moments marquants de la vie? Comment je réagis face aux croyances de l’autre? Quand en plus cet autre est proche de moi je fais quoi?
De belles discussions avec Denis Bernard ont suivi son invitation d’auteur en résidence.
On en est venu à raconter l’histoire de nos vies, celle de notre famille, celle de nos croyances.
Et je me suis transformé en vampire.
Partout.
Autour de moi.
Tout ce que je vivais était transformé, amalgamé, trituré et plongé dans cette pièce en devenir.
Plusieurs idées se bousculaient dans ma tête jusqu’à l’arrivée d’une tonne de brique : la maladie de ma mère.
L’annonce de son cancer incurable, rongeur infatigable coincé dans son corps.
Le choc. La peine. Et toutes les émotions mêlées.
Et le cœur à fleur de peau.
Et l’envie de mettre ça dans ma pièce. Mais non je ne peux pas. C’est trop… trop sensible.
Et puis…
Oui.
Parce que je suis un vampire.
J’ai continué à vampiriser ma vie.
Parfois avec pudeur. Parfois non.
Empruntant une phrase entendue dans une salle d’attente de chimio, l’histoire intime d’un cousin éloigné de ma femme (eh oui je suis marié maintenant), la passion de mon père, la maladie de ma mère, une blague de ma plus jeune, un échange avec ma plus vieille, un souvenir de ma grand-mère, un souvenir d’enfance d’un ami (souvenir qui ne m’appartient pas) et ainsi de suite…
Tellement que je ne sais pas si j’ai le droit de faire cette pièce.
J’ai demandé la permission à personne.
Est-ce que j’aurais dû?
Mais qu’est-ce qui en reste de vrai? Qu’est-ce qui est fabriqué? Qu’est-ce qui ne l’est pas?
Je ne sais plus.
Est-ce que mes proches savent tout ce que je leur ai pris?
Non.
Pas tous.
Et autour de nous le terrorisme, le racisme, les accommodements raisonnables, la burqa et ces élections où des gens vont voter avec un sac de papier sur la tête croyant faire preuve de finesse d’esprit.
Et moi qui ne veut pas raconter une histoire de violence ou de haine.
Il y en a assez autour.
Je veux la petite histoire pour parler de la grande, celle de l’humain.
L’humain pris avec ce qu’il est, ses doutes, ses certitudes fragiles, son besoin d’avoir une prise sur quelque chose, son envie de ne pas être seul.
Et puis il y a ce fou qui tue des musulmans dans une mosquée à Québec.
Ma pièce ne parlera pas de lui.
Ma pièce se veut une main tendue dans toutes les directions.
En partant d’une petite histoire de familles.
Deux familles.
Avec des traditions différentes.
Avec des contradictions et des oppositions.
Mais si on veut avancer, comment on colle tout ça?
Comment on fait?
Comment juste être ensemble?
Une histoire de vie.
La mienne.
Peut-être.
Avec un sourire.
Comment je suis devenu musulman.

Fabien Cloutier

Présenté par Jean Marc Dalpé

La première fois que je rencontre Fabien Cloutier, c’est sur le trottoir de la rue Saint-Stanislas, devant le théâtre du Conservatoire d’art dramatique de Québec. Il vient de terminer ses études, il est jeune, enthousiaste et plein d’énergie. Il m’aborde poliment et me dit qu’il aime beaucoup mes pièces. J’oserai même dire – à lui de me contredire – qu’il y a une lueur. Depuis ce jour, Fabien a pris du galon, de l’ampleur, du poids ( ? ) et du bagout. Depuis une dizaine d’années, il nous donne des pièces fortes, drôles, cruelles, des pièces qui déménagent et qui cognent. Des pièces que j’aime. Mais il m’aborde toujours poliment. 

Ma foi, il ira loin ce garçon !

Jean Marc Dalpé

Officiellement l’auteur qui a le plus de swag au monde, Jean Marc Dalpé est l’idole de toute une génération, dont je fais partie. Parce qu’il marie dans son écriture le grandiose, le vrai et le suspense. Parce que quand il parle de Shakespeare, il est aussi fascinant que Shakespeare (enfin presque). Parce qu’être un monument de la littérature, ne l’a pas rendu moins libre. On veut tous être Jean Marc Dalpé. 

Carnet de création - Jean Marc Dalpé

Pour son carnet de création, Jean Marc Dalpé nous dévoile un extrait de sa prochaine pièce, actuellement en écriture, intitulée La Queen’s.

Séquence de transition….

Le noir est total sauf pour l’enseigne du (No) Vacancy qui se remet à court-circuiter et à grésiller de plus en plus fort. Durant ce qui suit le NO va se rallumer et demeurer ainsi pendant tout le deuxième mouvement.

Bruit d’un fort vent qui souffle autour de la Queens’ et qu’on devine polaire.

Puis le microphone de studio redescend des cintres alors que Marie-Thérèse vient s’installer sur scène. Elle porte un tailleur, des souliers à talon, et une paire de gants. Nous sommes dans un studio  à Paris. L’entrevue a eu lieu dans un passé indéterminé.

Le vent cède la place à quelques notes de piano, puis à…

Voix féminine de la radio

Bonsoir et bienvenue à France Culture pour ce deuxième volet d’une série de cinq conversations avec la célèbre pianiste et compositrice canadienne Marie-Thérèse. Ce soir, François Clément discute de son enfance et de ses premiers amours.

Voix masculine – l’intervieweur

Bonsoir

MARIE-THÉRÈSE

Bonsoir

Voix masculine – l’intervieweur

J’aimerais maintenant évoquer ici dans le contexte de notre échange la question de l’apport des paysages appelons-les primales ou originelles qui ont il me paraît évident alimenté votre façon d’aborder tout au long de votre carrière les œuvres qui vous ont inspiré voire façonné je parle des espaces nordiques austères où vous êtes venu au monde et avez grandi…

MARIE-THÉRÈSE

… où j’ai touché au piano pour la première fois…

Voix masculine – l’intervieweur

… espaces isolés lointains sauvages si je puis me permettre et qu’on devine ou du moins imagine comment faire autrement ont été marquants déterminants.

MARIE-THÉRÈSE

Je ne sais plus qui l’a dit mais me revient cette citation : les hommes ont certes des racines mais ils ont aussi des jambes.

En disant cela je ne veux pas nier l’importance des origines ni leur impact sur qui nous devenons mais je suis convaincue en ce qui me concerne du moins que l’austérité voire la pauvreté du milieu de mon enfance si elle m’a certes marqué les voyages les rencontres là et vers qui mes jambes m’ont porté ont été davantage formateurs que ce terreau de mes premières années qui vous semblent à vous français certes exotique mais qui je vous assure n’a peu si peu de valeur dans les yeux de la jeune adolescente qui débarque à New York à quinze ans que la seule chose à laquelle elle pense alors qu’elle se trouve pour la première fois en plein Times Square c’est « Que dois-je faire pour ne pas avoir à retourner dans mon bled perdu? ».

Le microphone remonte vers les cintres, alors qu’on entend de nouveau le passage d’un train de marchandises suivi cette fois-ci par un hululement de chouette, puis par une série de bourrasques de vent qu’on devine nordique pis frette en sacrament!

En quittant la scène, Marie-Thérèse croise Marcel et…

STEVE GAGNON, THÉÂTRE JÉSUS, SHAKESPEARE ET CAROLINE

Présenté par Fabien Cloutier

Il est déjà venu à la maison dans le temps que je vivais à Québec pis il avait pas fait un plat lui-même. Il avait acheté un genre de salade végé-bio-fermenté à l’épicerie La carotte ratatinée. Il est fn avec les enfants. Il est beau. J’ai joué dans L’Odyssée avec lui et il décrochait un soir sur deux en faisant le Cyclope pis y fallait y maquiller des faux pectoraux avant le show. En sortant du Conservatoire, sa carrière est partie sur les chapeaux de roues parce qu’il a passé son été dans un personnage habillé en blanc qui époussetait les passants dans le cadre du 400 de Québec.

Catherine Léger

Présentée par Pierre-Michel Tremblay

À l’adolescence Catherine rêvait de devenir la première «première ministre du Québec». Mais, pressentant que Pauline Marois allait lui damer le pion, elle s’est reconnecté à son rêve d’enfance: devenir écrivaine.

J’ai encore en mémoire la jubilation immense que j’ai eue à voir Baby-sitter. Il y a un formidable regard féministe dans son écriture, mais, encore plus formidable, la première posture de Catherine est celle d’une auteure libre et affranchie de toute idéologie et de toute école de pensée. Elle n’épargne personne et, en même temps, on sent une grande tendresse pour l’humanité de chacun de ses personnages. Ce qui est, à mon sens, la marque d’une véritable auteure de comédie. 

Quoique, n’en doutant pas un instant, si Catherine le voulait, elle serait une excellente première ministre. La preuve : elle a réalisé de manière magistrale son rêve d’enfance. 

Jean-Philippe Lehoux

Présenté par Steve Gagnon

Jean-Philippe est une bibitte magnifique, à l’imagination fascinée et fascinante. Une belle tête unique. Je suis au premier rang de ses fans, depuis l’époque où j’allais le voir improviser à l’université Laval le vendredi soir. J’avais alors 15 ans, lui peut-être 17, 18. J’étais déjà émerveillé par son univers ludique, complexe, surprenant. Un jour, j’avais autour de 20 ans, j’ai vu Jean-Philippe faire un Roméo hallucinant d’originalité. Nous étions en stage au Conservatoire d’art dramatique de Montréal, tout le corps professoral était présent et nous étions tous tétanisés par l’angoisse. Nous avions eu comme consigne d’apprendre la fameuse scène du balcon et on nous a demandé d’improviser une mise en place. Ça a été un désastre pour pratiquement tout le monde.Mais rendu à son tour, il a commencé la scène en arrivant «à dos de cheval» jouant à la fois Roméo, l’animal, le vent, l’herbe et la lune. C’était extrêmement charmant, rempli d’audace, d’esprit et de poésie. Jean-Philippe est un mélange impeccable entre grand intellectuel aristocrate du 19  siècle, jeune aventurier téméraire et gamin timide dont la candeur est magnifque.  J’adore cet homme.

Pierre-Michel Tremblay

Présenté par Simon Boudreault

Pierre-Michel Tremblay… je connais son œuvre, mais ça, on m’a dit de ne pas en parler. Alors je dois vous présenter l’homme. On se connaît peu, un salut ici, une main levée, un sourire poli. Je sais que dans les échanges Internet entre les auteurs en résidence, il est le seul à toujours faire une joke ou un jeu de mots. Les autres, on se contente d’acquiescer en mettant trop de points d’exclamation. J’ai donc décidé d’imaginer qui est Pierre-Michel Tremblay:

Son oeil sourit toujours. Malgré un regard acerbe sur le monde, il croit en la bonté, même s’il trouve ça quétaine. Il aime se promener dans les rues de Montréal en écoutant du David Bowie. Il aurait voulu être chanteur d’opéra ou politicien, mais il trouve que les deux se prennent trop au sérieux. Il adore lire dans son lit et aux toilettes. S’il était un animal, ce serait un chat angora roux nommé Jack Strap.

J’espère que Pierre-Michel Tremblay est vraiment comme ça. Sinon, il devrait s’en inspirer, parce que moi je l’aime déjà. 

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