Les auteur.e.s en résidence

Puisque l’une des missions de La Manufacture est de contribuer au développement et à l’épanouissement de la dramaturgie d’ici, il lui est tout naturel d’accueillir et d’appuyer, chaque année depuis 2011, une équipe d’auteur.e.s en résidence. Cette saison, Simon Boudreault, Jean Marc Dalpé, Rébecca Déraspe, Catherine Léger, Jean-Philippe Lehoux, Ines Talbi et Pierre-Michel Tremblay élisent à nouveau domicile chez nous! 

Nous aurons ainsi l’occasion de voir deux œuvres développées en résidence : l’intrigante production Deux pièces pour Étienne Pilon de Jean-Philippe Lehoux et Bonne retraite, Jocelyne de Fabien Cloutier, qui reprend l’affiche.

Nous sommes également heureux d’accueillir en résidence l’équipe d’Ondinnok, première compagnie de théâtre francophone autochtone au Canada. Le dramaturge, comédien et metteur en scène Dave Jenniss, d’origine malécite et québécoise, en assure la direction artistique. 

 

UNE QUESTION AUX AUTEUR.E.S

Plusieurs de nos auteur.e.s en résidence – François Archambault se joint ici à l’équipe – se réunissent pour concocter un grand happening théâtral produit par La Manufacture : Qui parle?

En vue de cette prise de parole festive, à la fois individuelle et collective, nous leur avons posé la question suivante : « Qui parle? représente pour vous l’occasion de…? »

Voici leurs réponses!

Simon Boudreault

« C’est pour moi l’occasion de me questionner sur mon identité. Quand j’ouvre la bouche ou que j’utilise mon clavier comme une voix, finalement, je représente qui malgré moi? Est-ce que je porte des voix sans le savoir? Est-ce que je suis associé à un courant de pensée sans être au courant, justement? Et aussi, ça me questionne sur cette obsession du messager de notre époque. Celui qui parle ayant plus de poids que les mots, que la signification, que la réflexion. La prise de parole venant maintenant avec un c.v., un passé, une histoire, des anecdotes et beaucoup de préjugés, favorables ou non.

Je représente quelque chose.

Et tout ça se passe en merveilleuse compagnie d’auteurs pour lesquels j’ai un respect infini.

Ça veut peut-être dire que j’aime beaucoup ce que chacun d’eux représente… »

Rébecca Déraspe

 « Le projet Qui parle? représente pour moi l’occasion de déposer les armes, les miennes, celles qui servent à ériger mes combats, mes batailles, mes questionnements féroces et abîmés. Les déposer pour respirer avec les autres. Pour entendre les autrices et auteurs se raccorder aux palpitations du monde avec leurs sensibilités magistrales et leurs balbutiements sauvages peut-être timides. Je veux parler avec les miens, avec les nôtres. Que nos voix se raccrochent à ce qui se débat partout, chaque jour, dans les opinions imprécises de nos émotions trop vives, puis qu’elles s’en distancient, nuancées. J’ai envie, surtout, de goûter à la chair du silence, du souffle qui s’apaise, de l’espoir qui advient dans le noir d’une salle de spectacle. Ou dans sa lumière partagée. »

Jean-Philippe Lehoux

« C’est l’occasion de sortir de la solitude de l’écriture le temps d’un rassemblement inattendu (merci Denis Bernard!). De me demander, justement, quelles voix ont encore le goût de parler à l’intérieur de moi, même si le monde est bruyant. Suis-je encore drôle, en colère, rêveur, de gauche? D’écrire dans l’urgence, au plus près de l’actualité; c’est si rare, au théâtre! De mesurer les similitudes et les contradictions de nos préoccupations citoyennes et esthétiques : rapailler des auteurs de théâtre en 2019 pour écrire une « patente collective », c’est-tu consensuel? Au fond, c’est peut-être simplement l’occasion de convier les gens à une fête, parce qu’il n’y a jamais trop de fêtes. Merci! »

Ines Talbi

 « Ça représente une occasion d’aller à la rencontre de l’autre. J’essaie d’approfondir mon rapport à l’écoute et au silence. Prendre le temps de m’arrêter et d’assimiler le discours d’autrui. Exercer la patience. Embrasser la réflexion. Ce collectif d’auteurs est tellement nourrissant et foisonnant. Rendre le mot précieux et le silence pertinent. C’est une aventure qui demande de l’humilité, mais qui m’enivre au plus haut point. Dans cette époque où tout est dit, mais où rien n’est entendu, je cherche à m’imposer un regard critique et réfléchi. J’ai l’immense privilège d’être entourée d’auteurs inspirants et intelligents avec qui un vrai dialogue s’installe. On fouille, on dénude des sujets délicats avec nuance et finesse. J’ai très hâte de voir le résultat final. Je nous souhaite une parole libre, bizarre et remplie de silence assumé qui nous frôle le cou comme une brise d’été. »

Pierre-Michel Tremblay

 « Il m’arrive souvent de ne plus savoir qui parle… Je dis : « J’ai lu quelque part que… » « J’ai entendu que… », mais je suis incapable de citer ma source. Est-ce que j’ai pris ça sur le Web, dans un article de journal, à la télé, à la radio? Quelqu’un me l’a dit? Alors j’essaie de plus en plus de faire attention, j’essaie de me souvenir de mes sources.

Nous sommes dans une grande cacophonie du droit de parole, ce qui est à la fois extraordinaire et déprimant. Déprimant parce qu’on engendre des chroniqueurs d’opinions à la pelle. C’est très surestimé, les « opinions ». Des influenceurs tentent de nous faire croire qu’ils sont des créateurs.trices de contenu…(face jaune qui lève les yeux au ciel). Et extraordinaire parce que dans ce « beaucoup de bruit pour rien », parfois, nous entendons une parole à laquelle nous n’aurions jamais eu accès. Mais il faut être attentif et vigilant.

Qui parle? Mais qui écoute? »

 

François Archambault

« Réfléchir à cette question existentielle qui se trouve sur le chemin de chaque auteur dramatique. Qui fait-on parler? À qui, par la magie de l’écriture, donne-t-on la vie et pourquoi? Dans la pièce de mon ami Jonathan Garfinkel, que j’ai eu le plaisir de traduire, un chameau prend la parole. Pour taquiner le public, il demande : « Vous vous demandez pourquoi je parle? Qu’est-ce qu’un chameau a tant à dire? » Voilà une des plus belles questions de l’univers! Si les chameaux parlaient, que diraient-ils? Et aurait-on envie de les écouter? Dans le monde frénétique où nous vivons, où chacun s’exprime sur toutes les plateformes possibles, personnellement, je n’ai qu’une envie : me taire et écouter ce que les chameaux ont à dire. Alors, voilà mon souhait : j’aimerais, à travers cette grisante aventure, arriver à me transformer en chameau… »

 

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