MOT DU DIRECTEUR ARTISTIQUE ET GÉNÉRAL
SE RENCONTRER
J’ai toujours pensé que le travail de l’acteur est de marcher à la rencontre du personnage qu’il interprète. Cette rencontre entre le personnage et celui ou celle qui le jouera ne peut survenir que dans une expérience créatrice où on les retrouve (acteur-personnage) face à face, au même niveau. Il n’y en pas un qui est au-dessus de l’autre ou écrasé par l’autre. Dès lors, nous travaillons toujours avec un souci de vérité, d’authenticité, de simplicité et tout est en place pour que la véritable rencontre survienne.
J’aime l’idée d’une rencontre où l’acteur se retrouve transformé par son personnage et où le personnage est plus étoffé ou même différent de ce que nous avions pressenti à la première lecture. Je travaille à cette rencontre réelle avec des interprètes quand je mets en scène, cherchant la voie de la rencontre totale et charnelle avec le public, celle où le spectateur se reconnaîtra, se dira : « C’est moi, ça… ça parle de moi, ça… ». C’est ce que je souhaite vivre avec vous, cher public. Ainsi, lorsque vous venez au théâtre, nous marchons l’un vers l’autre, nous marchons « l’un à l’autre » pour paraphraser le poète.
« Se rencontrer » c’est aussi vivre un face-à-face avec soi-même. Dans tous les cas, cette rencontre nous confronte, nous insécurise, elle fait grandir. Se rencontrer, c’est s’exposer au choc des idées, des valeurs, c’est accepter l’autre dans tout son désir de la rencontre vraie et chaleureuse, une rencontre qui laissera une trace pour toujours. Se rencontrer c’est aussi se souvenir, se dire qu’on se souviendra et rechercher ce moment, cet instant qui nous aura révélés l’un à l’autre. Auteurs, acteurs et artisans travaillent sans relâche à ces rencontres uniques et vous, cher public, par votre réponse enthousiaste et votre assiduité, vous y travaillez avec nous. Merci.
Cette saison, La Manufacture vous propose CE MOMENT-LÀ et PERVERS, deux créations qui, par leurs propos, nous confrontent à des valeurs citoyennes fondamentales. Et après le succès que ces productions ont connu, nous reprendrons deux oeuvres de David Greig, YELLOW MOON et MIDSUMMER.
Des compagnies viennent travailler à La Licorne pour une première fois et vous le constaterez, elles sont nombreuses. Plus que jamais La Manufacture donne de la place à la parole émergente et à la création. Nous sommes donc heureux d’accueillir le Théâtre Porte Parole, le Petit Théâtre du Nord, Le Clou, les Biches Pensives, le Théâtre Du Grand Cheval, Lab87, le Théâtre Jésus, Shakespeare et Caroline, le Théâtre Debout et le Projet Bocal.
Et comme des amis fidèles que nous sommes heureux de rencontrer régulièrement, les compagnies Urbi et Orbi, Qui Va Là, la Banquette arrière, le Théâtre du Nouvel-Ontario et le Théâtre de la Vieille 17 participeront à la programmation foisonnante et tellement stimulante de cette saison 2012-2013.
Plus que jamais nous croyons qu’un théâtre doit contribuer au répertoire théâtral national en développant pour lui-même et éventuellement pour d’autres compagnies, une dramaturgie à son image. Cette année encore, La Manufacture accueille sept auteurs en résidence : François Archambault, Fanny Britt, Fabien Cloutier, Jean Marc Dalpé, Catherine Léger, Jean-Philippe Lehoux et Pierre-Michel Tremblay, de même qu’un groupe de création, le Théâtre Qui Va Là. Nous voilà engagés dans un dialogue et chaque pas que nous faisons avec ces créateurs nous mène vers vous. Jean-Denis Leduc, Philippe Lambert et moi-même accompagnons et soutenons ces créateurs.
Nous vous convions aussi à des événements spéciaux : le THÉÂTRE TOUT COURT et PIÈCES POUR EMPORTER nous reviennent. LA DIZAINE DE LA MANUFACTURE vous invite à des aventures d’un soir… où des artistes viennent se perdre et se mettre en danger, en dehors de leur zone de confort, un laboratoire pour certains, une carte de visite pour d’autres, mais dans tous les cas, ils viennent vous rencontrer autrement, en toute liberté. Je travaille à cette idée de la rencontre spontanée entre le spectateur et l’artiste, une rencontre qui peut, et c’est ce qui est fantastique, révéler un artiste à sa communauté, au public et ultimement à lui-même. Risquerez-vous aussi ? Nous voulions faire de La «nouvelle» Licorne un centre de création où les idées circulent et s’entrechoquent, un espace où le public et les artisans, émergents ou non, trouvent leur place. Nous y voilà, nous sommes très fiers de vous proposer cette saison et nous vous espérons avec nous dans toutes ces rencontres que nous vous proposons.
À bientôt,
DENIS BERNARD
MOT DU DIRECTEUR FONDATEUR
Le Théâtre de La Manufacture a su, à travers le temps, développer une dramaturgie qui le caractérise. La carte blanche que le scénographe Olivier Landreville présentait à La Petite Licorne en février 2012 en fut une vivante démonstration. Les multiples scénographies créées pour La Manufacture qu’Olivier présentait alors au public témoignaient certes de son talent et de la bonne utilisation de l’intimité de notre lieu théâtral, mais elles racontaient également de grands chapitres de l’histoire d’une dramaturgie qui est la nôtre.
Cette dramaturgie, nous l’avons construite en grande partie grâce à des créateurs d’ici et grâce à des auteurs québécois, la plupart du temps en résidence à La Manufacture, mais aussi avec des auteurs d’autres pays, surtout des auteurs de l’Europe anglophone. La rencontre de ces univers, les influences et l’interaction qui ont suivi ont fait resurgir une ligne claire qui est maintenant la nôtre : un théâtre qui part de l’intime pour nous parler du social, qui n’a pas peur de déranger ou de questionner, qui le fait d’une façon simple et directe, avec humanité, vérité et très souvent avec un humour qui atteint sa cible. C’est le genre de théâtre que nous défendons. Celui qui a fait ce que nous sommes et qui continue à témoigner de notre personnalité. C’est notre façon de faire.
Mais nous pensons que nous pouvons et que nous devons aller encore plus loin dans cette recherche d’identité. Ce serait bien, en effet, si chaque compagnie de théâtre avait les moyens de développer sa propre dramaturgie. Imaginons la force de notre théâtre au Québec, et sa progression, si les différents conseils des arts acceptaient de soutenir, d’une façon toute particulière, les compagnies de théâtre de création qui désirent accueillir en résidence quatre ou cinq auteurs par année. Ces compagnies auraient alors, en grande partie, la responsabilité du développement de la dramaturgie québécoise et pourraient avoir à coeur le développement de leur propre dramaturgie, celle qui affirme, pour chacune d’elles, son caractère distinct.
De notre côté, cette dramaturgie, nous voulons continuer à la développer en accueillant en résidence cette année sept auteurs et un groupe de création. Mais aussi, nous désirons la faire rayonner et la mettre en contact avec d’autres dramaturgies. C’est pour cette raison que nous travaillons depuis quelques années à la réalisation de projets d’échanges et de collaborations artistiques avec des compagnies de l’Europe anglophone. Ces projets impliqueront des auteurs d’ici et d’ailleurs, des metteurs en scène, des acteurs et des concepteurs ainsi que la possibilité d’échanges de productions.
Pour ma part, au cours de la prochaine saison, j’assurerai le suivi de ces projets internationaux et travaillerai à leur réalisation. J’aurai également le plaisir d’accompagner deux de nos auteurs en résidence, François Archambault et Jean Marc Dalpé, dans les étapes nécessaires à l’écriture de nouveaux textes. Je dirigerai également un atelier avec Pierre-Michel Tremblay dont l’objectif est de mettre l’auteur en déséquilibre afin de pousser encore plus loin son écriture. C’est la première fois qu’un tel atelier aura lieu à La Manufacture. Ce qui motive tous ces projets, ainsi que ceux qui sont parrainés par l’ensemble de notre équipe artistique, c’est le désir que nous avons d’affirmer et de renforcer notre dramaturgie afin que nous puissions continuer à vous la faire découvrir.
Je nous souhaite à tous la plus belle des saisons.
JEAN-DENIS LEDUC

