Mots de la direction

ENSEMBLE

MOT DU DIRECTEUR ARTISTIQUE ET GÉNÉRAL

JAMAIS SEULS

Venir au théâtre, c’est accueillir la parole d’artistes qui veulent à leur manière changer le monde. Ils nous font entrer dans leurs univers et nous proposent leurs visions du monde. Nous sommes parfois étonnés, parfois bousculés et désemparés ou même perplexes, mais assurément, jamais indifférents. Par le désir qui nous anime de se sentir en vie, d’être une partie vibrante d’un monde où nous sommes parfois perdus, un monde que nous cherchons à comprendre, nous trouvons dans le théâtre, ce lieu que nous fréquentons, la place publique parfaite pour le rassemblement citoyen. Et quelque chose de plus grand encore se produit alors à chacune des représentations : plus que jamais, mieux que n’importe où ailleurs, nous sommes ENSEMBLE.

Quand je suis au théâtre, il y a toujours « l’autre » sur mon chemin : l’auteur et l’acteur rencontrent les personnages vers qui ils marchent, alors que le spectateur, lui, se pointe au rendez-vous, à la représentation. Pour nous, c’est l’occasion d’une grande rencontre avec vous, le public. Foule anonyme, que nous voyons comme une abstraction au début d’un processus de création, nous la découvrons tellement réelle quand arrive le soir de la première. Et là, ce soir-là et tous les autres qui suivront, nous prenons toute la mesure de ce qu’être Ensemble signifie. C’est seulement avec vous que tout prend un sens.

Votre réponse n’est pas toujours celle qu’on imagine. Vos silences, votre écoute, vos réactions et vos rires nous étonnent parfois, nous surprennent. Nous voulons bien comprendre et bien interpréter votre réaction. Comme nous, vous êtes exigeants et vous refusez la facilité. Vous acceptez qu’on vous provoque et c’est ce qui fait de vous le meilleur public au monde. Nous mesurons notre chance.
Nous vivons à La Licorne une situation qui fait l’envie de plusieurs. Ici, « être ensemble » se décline entre jeunesse et maturité. Chez nous, les vieux et les jeunes se rejoignent et osent les mêmes expériences. Le théâtre unit, c’est clair, et ici nous travaillons pour le plus grand nombre, sans égard à l’âge.

Nous voulons que la parole se rende, qu’elle soit partagée, qu’elle bouscule, comme nous le disons si souvent, qu’elle fédère au final. Je ne vois pas l’intérêt de faire du théâtre si nous ne pouvons pas répondre à cette condition ultime : jouer pour le public. Qui plus est : jouer pour TOUS les publics. Pas de discrimination quant à l’âge, au sexe, à la race, à la culture. Jouer pour tous. Point à la ligne.

J’aime l’idée de nous retrouver ensemble dans l’harmonie et la catharsis – personne n’est contre la vertu –, mais aussi dans les déséquilibres et la perplexité que la représentation et les choix artistiques provoquent. Nous sommes alors plus vibrants que jamais.

Au cours de cette saison, La Manufacture créera trois spectacles : Terminus, de Mark O’Rowe, Des promesses, des promesses, de Douglas Maxwell et Une mort accidentelle ( ma dernière enquête ), de François Archambault. Puis, elle jouera en reprise et en tournée la pièce Pour réussir un poulet, de Fabien Cloutier. À cette programmation s’ajoutent 12 autres spectacles qui seront présentés en codiffusion avec La Manufacture. Je salue les auteurs qui déclinent le verbe comme une « arme de rassemblement massif » : Christine Beaulieu, Leslie Baker, Rébecca Déraspe, Julie-Anne Ranger-Beauregard, Florence Longpré, Catherine Léger, Sonia Cordeau, Raphaëlle Lalande et Anna Jordan se joignent à Jean Marc Dalpé, Simon Boulerice, Félix Beaulieu-Duchesneau, Yvan Bienvenue, Pierre-Michel Tremblay, Larry Tremblay, Nicolas Michon, Joseph Shragge et Simon Lacroix. Merci de réécrire le monde.

Salut à tous les artistes qui défendront les paroles et les idées. Salut à toute l’équipe de La Manufacture qui, année après année, fait de La Licorne le lieu de rassemblement qu’il est devenu.

C’est avec le désir de vous offrir une programmation rassembleuse que je dirige ce théâtre et vous propose cette saison 2016-2017. Je souhaite qu’elle laisse en vous des traces, qu’elle vous réjouisse autant qu’elle vous bouscule et qu’au final, elle vous confirme hors de tout doute qu’au théâtre, nous ne sommes jamais seuls. Nous sommes ENSEMBLE.

DENIS BERNARD
DIRECTEUR ARTISTIQUE ET GÉNÉRAL

MOT DU DIRECTEUR FONDATEUR

FAIRE DU THÉÂTRE POUR VOUS REJOINDRE

Monter et répéter un nouveau spectacle de théâtre est un long et effervescent processus qui demande de 130 à 150 heures de répétition sur une période d’environ 8 à 10 semaines de travail, sans compter les ateliers préparatoires et les réunions de production nécessaires pour assurer sa bonne réalisation. Un travail exigeant dont l’objectif est la concrétisation sur scène de ce que l’auteur a écrit sur papier, en ayant toujours en tête que l’on s’adresse à nos contemporains.

Lorsque j’assiste à ce que nous appelons, nous, les premiers enchaînements d’un spectacle en salle de répétition ( ce qui se fait à peu près aux deux tiers des répétitions ), j’essaie toujours de me mettre dans la peau du spectateur.

Est-ce que le propos est clair ? Est-ce qu’il suscite notre intérêt ? Est-ce que les choix que nous avons faits sont pertinents ? Est-ce que le spectacle est sur la bonne voie ? Est-ce qu’il évolue bien ? Est-ce que nous sommes tous sur la même longueur d’onde ? Est-ce que le jeu des acteurs est juste et authentique ? Est-ce que les personnages auront en eux toute la dimension, la profondeur et les nuances nécessaires ? Est-ce qu’il y a une bonne utilisation de l’espace choisi ? Est-ce que le spectacle s’intégrera naturellement dans la salle où il sera présenté ( Grande ou Petite Licorne ) ? Est-ce que tous les éléments de la production présents et à venir ( décor, costumes, éclairage, musique/bande sonore, etc. ) se complètent et vont dans la même direction ?

Tout cela en ayant en tête de rejoindre et d’intéresser le spectateur, de lui parler de sujets qui le concernent, de le traiter avec intelligence et d’être généreux avec lui. J’ai toujours pensé que le théâtre prend tout son sens lorsque les spectateurs sont présents dans la salle et que le spectacle que nous leur proposons s’adresse à eux directement. Pour que la rencontre entre les créateurs et les spectateurs ait lieu.

Je crois que nos spectacles devraient laisser des traces auprès de ceux et celles qui les voient. Ils devraient provoquer un certain changement, faire naître la discussion, favoriser une réflexion sur ce que nous sommes humainement et intimement, ainsi que sur la société dans laquelle nous vivons. Ils devraient également nous permettre de découvrir de nouveaux univers, de voir les choses différemment et de mettre de l’avant l’actualité des propos. Et la reconnaissance du talent de nos créateurs. En toute liberté.

Ces préoccupations nous poussent à aller au-delà de la notion de performance. Elles nous incitent à fouiller, à aller au cœur du spectacle pour en faire ressortir l’essentiel et le rendre le plus accessible possible, en mettant sur scène qui nous sommes. En d’autres termes, ne pas se contenter de faire du théâtre pour faire du théâtre, mais faire du théâtre pour parler aux gens, pour être en relation avec eux, pour qu’ils se sentent concernés. Et le faire avec plaisir, implication et, espérons-le, discernement. Bref, faire du théâtre pour vous rejoindre.
À travers le temps, par votre présence, vous avez aidé au développement et à la progression de La Manufacture et de La Licorne. Vous faites partie de ceux et celles qui ont bâti ce théâtre, qui ont fait ce qu’il est devenu et ce qu’il continue à être. Vous avez toujours été un public curieux, ouvert et attiré par la réflexion. Un public exigeant également. Merci de votre soutien.

De mon côté, au cours de la prochaine saison, j’assurerai la direction artistique du nouveau texte de François Archambault, Une mort accidentelle (ma dernière enquête), je préparerai la reprise et la tournée de Des arbres de Duncan Macmillan, traduction de Benjamin Pradet, et j’assurerai le suivi de l’écriture d’un nouveau texte de Jean Marc Dalpé.

Bonne saison !

JEAN-DENIS LEDUC
DIRECTEUR FONDATEUR

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