Regards croisés
Rencontre avec Raed Hammoud
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Crédit photo: Philippe Nyirimihigo
Rencontre avec Raed Hammoud
C’est dans la salle de répétition, café à la main, que Raed nous confie sa réaction lorsqu’il a reçu l’invitation de Philippe Lambert à devenir libre-penseur en résidence au Théâtre La Licorne: « Je suis honoré, et, en même temps, je me sens très imposteur dans tout ça. J’aurais compris une demande pour un truc de documentaire, de film, voire de radio, mais le théâtre, pourquoi moi? En fait, j’ai été surpris, mais j’étais curieux aussi. »
Il poursuit : « Philippe m’a parlé de Georges, la pièce de Nathalie Doummar. Je connaissais son travail sans l’avoir vu et j’en avais entendu parler, et effectivement, il y a plein de thèmes dans son écriture qui m’intéressent. Fabrice Yvanoff Sénat, aussi, ce qu’il prépare, ça m’intéresse beaucoup. L’exil, qui tu es, comment tu te construis, tout ça. »
C’est précisément pour cette raison qu’il est notre invité. Regards croisés vise à offrir une tribune à une personne extérieure au milieu théâtral afin d’ouvrir les perspectives et d’enrichir les réflexions sur les enjeux sociaux abordés dans nos pièces.
« J’ai fréquenté l’école française et pour moi, le théâtre c’était les classiques comme Molière. C’était ce qu’on me forçait à lire. J’aimais bien, mais c’était trop loin de moi, ça ne me parlait pas. Plus tard, j’ai commencé à m’intéresser au théâtre à travers le cinéma, avec des pièces adaptées au grand écran comme Le dîner de cons, Le père Noël est une ordure, Les Bronzés. C’est cette gang de « théâtreux » français là, qui m’a beaucoup nourri. Puis, j’ai vu le film Incendies de Denis Villeneuve, adapté de la pièce de Wajdi Mouawad et je me suis dit « wow! » Je me suis senti interpellé. J’ai grandi au Niger, mais je suis libanais d’origine. La guerre civile, je l’ai connue à travers mes parents qui m’en parlaient et d’autres histoires entendues. Et quand on allait au Liban, je voyais les trous de balles partout.»
« Quand j’ai vu Incendies, je me suis dit « Je viens de recoller les morceaux, c’est le liant qui manquait. »
Au fil de la conversation, il évoque avec le sourire sa première expérience sur les planches. « Je devais avoir cinq ou six ans. Au Niger, la mère d’une camarade de classe, une Française, nous avait fait jouer Le Petit Prince, de Saint-Exupéry. C’est la première fois où j’ai entendu parler de théâtre. C’était ma seule et dernière expérience sur les planches, mais j’avais aimé ça. Je pense que mon appétit et mon amour des mots viennent beaucoup de cette première introduction. »
Raed avoue que, dans le milieu où il a grandi, il ne s’est jamais senti inclus dans l’univers du théâtre, mais, aujourd’hui, la création fait partie intégrante de sa vie, que ce soit par l’écriture de chansons, l’animation ou la réalisation d’émissions de radio et de documentaires. Il réfléchit à la prochaine étape, mais l’invitation de Philippe lui a ouvert une porte insoupçonnée.
« Je me suis souvent demandé si j’aimerais écrire un film ou un livre sur l’histoire de ma mère. Puis, à la suite de cette invitation, je me suis dit que ça pourrait peut-être prendre la forme d’une pièce. Ça a comme ouvert un truc…»