Entrevue avec Marilyn Castonguay

Cinq questions à Marilyn Castonguay

1. Parle-nous du texte de Dennis Kelly, de son écriture sans détour et de la façon dont tu es entrée dans l’univers de l’auteur à travers ton personnage.
À travers ses pièces, Dennis Kelly est capable de manier humour et drame dans un même souffle et dans une grande cohérence. Son écriture crue, franche, directe, nous porte dans des places auxquelles on ne s’attend pas. C’est périlleux et très difficile à jouer, parce qu’il y a beaucoup de couches. J’ai donc essayé de prendre possession du texte et de l’histoire le plus vite possible. Ensuite, je me suis sentie plus libre d’essayer les choses, de faire mon chemin pour construire mon personnage. Mais j’aime qu’il ne se censure pas, qu’il provoque les gens. Et comme c’est bien écrit, il nous amène là où il faut. Comme comédienne, il faut juste se laisser aller là-dedans, une page à la fois. 

2. Comment tu décrirais ton personnage? Quels ont été tes défis d’interprétation?
C’est une battante, une survivante. Le plus grand défi a été de garder la force franche et la solidité qu’elle dégage tout en racontant ce qu’elle a vécu, y compris les sphères les plus difficiles de sa vie. J’avais toujours tendance à glisser vers la douceur. Mais je devais réussir à livrer le drame qu’elle porte dans une espèce de force et de solidité, sans tomber dans la peine qui mène à la pitié. Avancer, malgré la douleur et les obstacles. Cette femme-là a un instinct de survie incroyable. C’est une belle bête brute, mais oh combien fragile et attachante.

3. C’est ton premier solo : ça représente quoi pour une comédienne?
Je m’étais dit que jamais je ne ferais de solo. Que je n’en serais jamais capable! Au début, quand tu dis oui à un projet comme ça, c’est un peu par amour pour le texte. Tu ne penses pas au fait que ce sera vertigineux et que tu vas devoir apprendre 63 pages! Comme préparation technique, ça demande une discipline incroyable, une rigueur au quotidien, une bonne hygiène de vie. Tu ne peux te fier sur personne, alors il faut que tu saches ton texte plus que ton propre nom. Si tu veux avoir du fun là-dedans, tu dois être ultra prête pour pouvoir te sauver toi-même en cas de pépin.

Dans le processus, tu pognes des nœuds, des murs. L’important, c’est de ne pas rester seule avec ça. C’est d’être capable de faire part de tes peurs et de tes doutes aux gens autour de toi. Je pense aussi, bien humblement, que j’étais rendue là dans ma vie personnelle. Aujourd’hui, je sais où aller pour combattre ces peurs-là. Je le vois comme une étape pour me challenger moi-même, savoir ou je me situe dans le métier et ce qu’il me reste à apprendre.

4. Comment s’est déroulé le travail de mise en scène avec Denis Bernard? Dans quelle direction t’a-t-il dirigée?
Denis a été mon partenaire principal. Il m’a sans cesse nourrie. Nous avons construit un rapport de confiance, de bienveillance, de stimulation constante. Je pense que c’est ce qui amène quelqu’un à se dépasser. Je ne serais pas allée toute seule dans cette couleur-là de femme. Il m’a amenée à ouvrir davantage mon jeu, à aller dans des extrêmes, beaucoup plus que ce à quoi je m’attendais. Sa mise en scène est très simple, sobre. Elle donne toute la place au personnage, pour que cette femme-là brille, que son discours soit au premier plan et qu’elle nous transporte le plus clairement et simplement possible dans ces montagnes russes d’émotions.

5. L’auteure-compositrice et interprète Fanny Bloom a composé des chansons originales pour la pièce. Qu’est-ce que sa musique t’a apporté?
Fanny était très présente lors des premières répétitions, elle était super investie et se questionnait avec nous. Elle est partie avec cette matière et elle est revenue avec quelque chose de tellement juste, de tellement lumineux et ouvert sur la vie. Sa musique n’a pas seulement mis une couche sur ce que je dis. Elle a porté ma vision de la pièce à un autre niveau. J’ai découvert quel regard avoir sur cette histoire-là et comment le dire. Ça m’aide vraiment beaucoup dans mon interprétation. En tant qu’actrice, au début, j’allais dans quelque chose de pudique et de respectueux par rapport aux épreuves que cette femme-là nous révèle. La musique de Fanny m’a guidée vers une solidité. Elle est venue ajouter l’espoir et la pulsion de vie. Parce que mon personnage a choisi de vivre. Ce qu’il y a au bout de cette histoire, malgré tout le drame et la douleur, c’est de la vie.

 

 

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